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Rapport

Première rencontre préparatoire

Sous-titre: La course au consensus

Rapport de la première rencontre préparatoire portant sur la qualité de l’enseignement supérieur se déroulant les 29 et 30 novembre à l’Université Laval à Québec.

Les participants et participantes

La délégation de l'ASSÉ

Trois participants et participantes: Nadia Lafrenière, Louis-Philippe Véronneau et Blandine Parchemal.

Deux observateurs et observatrices: Camille Godbout et Guillaume Néron.

Les autres

Au total, il y avait 60 invités dont 52 participants statutaires. Parmi ces derniers:

  • 31% d’étudiants: ASSÉ, Associations non affiliées, FAEUQEP, FECQ, FEUQ, TACEQ
  • 23% d’établissements: Association des collèges privés, CREPUQ, Fédération des cegeps, Président du C. A. d’une université, Université du Québec.
  • 23% de professeurs et syndicats: CSN, CSQ, FQPPU, FTQ
  • 23% de la société civile: ACFAS, Chantier de l’économie sociale, CIQ, CPQ, CQCM, FCCQ, FCEI

A cela, il faut ajouter 8 invités du ministre. Des députés pour la plupart, dont Gerry Sklavounous le député libéral de Laurier-Dorion et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’enseignement supérieur. Pour la petite anecdote, à notre arrivée, il s’est exclamé « Ah voilà les terroristes ».

Jeudi 29 novembre

La rencontre s’est ouverte jeudi soir par un discours du ministre de l’enseignement supérieur, Pierre Duchesne.

Son discours était axé sur la nécessité de faire des compromis, de passer à une autre étape après le « chaos » (ce sont ses mots) du printemps. Il a même évoqué l’idée d’un nouveau printemps en février avec la rencontre finale du sommet.

Nous n’avons pas applaudi mais nous avons pensé très fort à la manifestation votée au dernier Congrès pour la rencontre de février.

Présentation des quatre « experts »

Ensuite, il y a eu la présentation des quatre dits « experts » (la non-féminisation est volontaire pas car ce n’était que des hommes).

Il s’agissait d’un côté de Claude Lessard, président du CSE (Conseil Supérieur de l’Education) et de Michel Lauzière, président de la CEEC (Commission d’évaluation de l’enseignement collégial) et de l’autre de M. Jean Nicolas, professeur émérite à l’Université de Sherbrooke et M. Frédéric Gourdeau, professeur titulaire au département de mathématiques et de statistique de l’UL.

Nous avons remarqué une véritable dichotomie entre les interventions des deux présidents axées sur l’assurance-qualité et sa défense et celle des deux professeurs, qui semblaient, eux, véritablement parler de qualité, au sens de qualité de l’enseignement.

Il est à noter aussi que les deux professeurs parlaient en leur nom personnel contrairement aux deux autres intervenants.

Lors de la période de questions/réponses, nous avons demandé aux deux professeurs ce qu’ils pensaient des mécanismes d’assurance-qualité (ils ne l’avaient pas mentionné dans leur présentation) et là ils nous ont répondu que c’était quelque chose qui était au-dessus d’eux et auquel ils ne s’intéressaient pas.

Nous avons trouvé cette réponse très problématique et nous avons supposé que le choix de ces deux intervenants relevait d’un choix du gouvernement de ne pas prendre deux professeurs ayant déjà réfléchi aux mécanismes d’assurance-qualité et formulé une critique là-dessus. Il faut aussi remarquer qu’il s’agissait de deux professeurs issus du milieu des sciences pures (génie et mathématiques).

Que ce soit pour cette soirée ou le lendemain, les sciences humaines ont fait partie des grandes absentes des débats. Ainsi, parmi les associations non affiliées, le président de l’INRS était présent. Lors d’une intervention le lendemain, ce dernier a clairement exprimé le fait qu’il fallait supprimer certains programmes non rentables d’un point de vue économique.


Une dernière remarque concernant l’intervention du président de la CEEC que nous avons trouvé vraiment problématique. Vous pouvez retrouver le PowerPoint de la présentation sur le site.

La présentation se terminait par une diapositive intitulée « Le regard externe »:

La Commission s’inscrit elle-même dans un processus d’assurance-qualité et mettra en place des mécanismes pour atteindre ses objectifs d’organisme public et indépendant d’assurance-qualité.

En plus de la validation, par des experts externes et par le comité consultatif, du référentiel qui sera utilisé pour l’évaluation des systèmes d’assurance-qualité, la Commission se soumettra, à différents moments de la mise en œuvre de la nouvelle opération, au regard externe pour s’assurer que ses pratiques correspondent aux meilleures pratiques des agences d’assurance-qualité en enseignement supérieur.

Par ailleurs, la Commission déposera en décembre 2012 sa candidature dans le cadre du programme Guidelines and Good Practices (GGP) de l’International Network for Quality Assurance Agencies in Higher Education (INQAAHE) pour faire reconnaître que ses pratiques, depuis ses débuts, sont d’excellents pratiques.

Vendredi 30 novembre

Présentation inintéressante de Léo

La journée a commencé par une présentation de Léo Bureau-Blouin de quelques avis des internautes à propos de la qualité de l’enseignement supérieur.

La présentation n’ayant pas eu une grande pertinence, nous ne pouvons pas vous en dire grand chose.

Présentation des contributions

C’est ensuite qu’a commencé la présentation des sept contributions concernant le thème de la qualité de l’enseignement supérieur. Vous pouvez toutes les retrouver ici.

CREPUQ

Ils ont fait la proposition de créer un Conseil des affaires universitaires dont le rôle serait de superviser la qualité de l’enseignement et de la recherche universitaire dont la majorité des personnes ne serait ni des employées de l’université ni des étudiantes. Rien de nouveau.

ASSÉ

Vous pouvez retrouver notre contribution ici. Il est aussi possible de visionner notre présentation ici.

Nous sommes par ailleurs ouverts et ouvertes à toutes critiques ou interrogations.

Nous tenons aussi à rappeler que nous avons eu deux semaines pour réaliser cette contribution, temps que nous estimons insuffisant pour fournir quelque chose de réellement solide. Nous tenons par ailleurs à remercier Lazlo Bonin pour son formidable travail de graphisme.

FEUQ

Seule leur dernière diapositive parlait de la CÉUQ (Commission d’évaluation des universités québécoises). Leur présentation en fait un projet très flou pour l’instant. A part dire qu’il s’agit d’inclure tous les intervenants de la communauté universitaire, on ne sait rien de quels seront ces « indicateurs de qualités quantitatifs et qualitatifs » ni qui les établira et mettra en place. Ce flou a un côté stratégique indéniable, notamment pour rallier les syndicats à la CÉUQ. Le reste de leur présentation était composé de choses relativement inintéressantes quant à la question de la qualité.

FTQ

Leur présentation était beaucoup axée sur le personnel travaillant dans les établissements d’enseignement supérieur et leur importance pour l’évaluation de la qualité. Ils ont affirmé leur opposition à l’assurance-qualité mais aussi leur position en faveur de la création d’un organisme indépendant pour la coordination du réseau.

FQPPU

Ils ont beaucoup insisté sur l’évolution du ratio professeurs/étudiants et le fait qu’il manque environ 1800 professeurs pour assurer une véritable qualité de l’enseignement supérieur. Ils ont également fait une présentation des mécanismes déjà existants tout en les critiquant également. Ils ont aussi fourni une critique de l’assurance-qualité très complémentaire avec la nôtre. Enfin, ils se sont prononcés en faveur de la création d’un organisme indépendant de coordination du réseau universitaire qui devrait être crée pour assurer une cohérence dans les décisions.

CIQ

Selon eux, la qualité correspond à l’adéquation de la formation à la pratique professionnelle ou encore au taux de placement sur le marché du travail.Aucune mention de la qualité de l’enseignement dans leur présentation. La mission de l’enseignement supérieur étant de répondre aux besoins du marché.Ils sont d’accord avec la CREPUQ si elle leur accorde encore plus de place.

Fédération des Cégeps

Ils étaient en total accord avec la présentation du président de la CEEC la veille. Il prône une culture de l’évaluation tant aux cegeps qu’à l’université.

La pause ou l’interlude de Benoît Dubreuil

Lors de la pause, à la suite de notre présentation où nous avions réaffirmé notre position en faveur de l’autogestion et notre opposition à la CÉUQ, Benoît Dubreuil, attaché politique du ministre, est venu nous voir afin de savoir notre position sur la création d’un organisme indépendant d’évaluation de la qualité.

Cette demande était faite dans le but de trouver une position mitoyenne dans la mesure où nous étions les seuls à nous être opposés à la création d’un tel organisme.

Cette pause servait de toute évidence à la concertation, ce dernier adoptant une posture d’ouverture par rapport à nos positions afin de trouver un « compromis ».

Période de retour sur les contributions (45 minutes)

Cette période d’échanges a beaucoup été axée sur la question de la création d’une commission d’évaluation de la qualité.

Nous sommes intervenus au micro pour réaffirmer notre position en faveur de l’autogestion et notre opposition à toute commission d’évaluation avec un pouvoir contraignant sur l’autonomie des membres de la communauté universitaire. Nous avons donc affirmé notre dissension face à ce qui paraissait comme un consensus.

Nous sommes également intervenus sur la question de la collaboration entre établissements de l’enseignement supérieur à la suite de plusieurs échanges à ce propos. Nous avons dit qu’il s’agissait au préalable de définir la collaboration: avec qui, dans quel but? Nous avons davantage prôné la coopération en rappelant que la collaboration doit servir l’avancement des savoir et non une logique publicitaire.


La FNEEQ-CSN est aussi intervenue pour rappeler la position de la TPU (Table des Partenaires Universitaires), dont nous faisons partie, contre l’assurance-qualité:

Que la TPU se positionne contre les mécanismes d'assurance qualité issus du milieu des entreprises, que face à cela elle réaffirme la nécessité d'assurer la liberté académique et l'autonomie des établissements et qu'elle défende le caractère public des institutions d'enseignement supérieur et de leur financement.

Les ateliers: consensus, consensus

Après le repas du midi se déroulait ce qui était nommé des « ateliers d’échanges ». Il s’agissait de trois ateliers avec un sujet de réflexion pour chaque. Les voici:

  • 1er atelier: Quelle serait la meilleure approche pour définir la qualité de l’enseignement?
  • 2e atelier: Quels sont les devoirs et les responsabilités des établissements d’enseignement supérieur (personnel d’encadrement et de directeur, corps professoral, personnel de soutien pédagogique, étudiants et étudiantes, etc.) et quels sont les défis qui se posent à eux et à leurs partenaires pour maintenir la qualité de l’enseignement et en assurer le développement harmonieux?
  • 3e atelier: Quels mécanismes pourraient assurer la qualité de l’enseignement offert par les universités québécoises?

Nadia Lafrenière est allée dans le premier atelier avec Guillaume Néron comme observateur, Blandine Parchemal dans le second et Louis-Philippe Véronneau dans le troisième avec Camille Godbout comme observatrice.

Nous n’allons pas passer atelier par atelier car nous avons tous eux les mêmes constats et formulé les mêmes critiques:

  • Ces ateliers étaient clairement là pour établir des consensus et c’était le rôle des animateurs de chaque atelier.

    A la fin de l’atelier, les animateurs ont présenté un PowerPoint avec les éléments de discussion et les éléments de convergence trouvés entre toutes les personnes autour de la table et ce, malgré que durant la discussion, nous avions formulé nos oppositions.

    Nous avons dû exprimer notre divergence sur de nombreux points. Dans les trois ateliers, elle portait principalement sur

    1. la présence de tous les acteurs au sein de ce probable organisme indépendant d’évaluation (nous avons réaffirmé notre position d’exclusion des élites économiques);
    2. le fait que la qualité corresponde au taux de placement sur le marché du travail;
    3. un constat de manque de ressources dans les universités, constant débouchant inévitablement sur la thèse du sous-financement (nous avons réaffirmé ici notre position de mal- financement);
    4. la promotion d’une culture de l’évaluation.
  • Le fait de diviser la réflexion sur la qualité en trois questionnements pourtant complémentaires nous a semblé comme empêchant une analyse plus profonde.

    Par exemple, dans le deuxième atelier, quand l’un de nous a exprimé le fait qu’il nous semblait impossible d’établir comment améliorer la qualité sans réfléchir à la définition de la qualité et à la mission des universités, on nous a rétorqué qu’il s’agissait de la question du premier atelier.

    Il nous a semblé aussi que nous mettre un par un dans chaque atelier avait quelque chose de stratégique: l’idée étant que seul-e, nous pouvons être moins attentifs aux consensus proposés.

Finalement, nous avons trouvé ces ateliers très encadrés avec une finalité on ne peut plus orientée.

Le retour en plénière: un exercice de relations publiques

Les deux grandes témoins présentes lors cette rencontre préparatoire (Mme Diane Berthelette et Mme Binh Vu Van) ont pris la parole pour effectuer quelque chose comme une synthèse des ateliers.

Elles ont évoqué des points de convergence qui n’en étaient pas. Par ailleurs, elles semblaient peu impliquées dans le processus, mal informées et présentes seulement pour donner une apparence de neutralité.

Lors de la table de mise en commun (grande table composé de 20 participants et participantes, soit une personne par délégation), nous avons réaffirmé notre divergence vis à vis de plusieurs points qui étaient présentés comme des consensus par les deux grandes témoins: une définition de la qualité comme capacité des diplômés à faire face au marché, la création d’un organisme d’évaluation de la qualité avec la création d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs. Nous avons réaffirmé notre vision de la qualité comme qualité de l’enseignement avant tout et notre opposition à tout organisme d’évaluation contraignant et basé sur des critères de rentabilité économique.

Si d’autres organisations ont également émises des doutes sur une définition de la qualité éloignée du savoir et de la connaissance, presque toutes ont souligné l’ouverture du gouvernement et nous étions les seuls ou presque à marquer notre dissensus sur plusieurs points de consensus (pour la petite anecdote, cette formule a été reprise par le Conseil du patronat sur Twitter pour bâcher sur l’ASSÉ, ce qui n’est pas sans nous plaire).


Les deux grandes témoins ont ensuite effectué une nouvelle synthèse mais cette fois-ci de la rencontre préparatoire en tant que telle.

L’ensemble des points de divergence que nous avions exprimé dans notre contribution ou lors de nos interventions étaient notés en bleu sur le PowerPoint (comme pour nous amadouer) et présentés comme des points ne faisant pas consensus.

Autrement, il s’agissait de montrer que nous avions réussi à trouver des terrains d’entente et surtout des points de consensus.


Cette synthèse s’est terminée par une intervention du ministre Pierre Duchesne qui a rappelé l’ouverture du gouvernement aux diverses positions, sa volonté de trouver des points de convergence, etc. (Nous nous excusons pour l’effet redondant mais nous ne faisons que traduire ce que nous avons entendu toute la journée).

Aussi, il a mentionné qu’il avait entendu les craintes exprimées quant aux mécanismes d’assurance-qualité mais tout en disant que l’assurance-qualité qui sera implantée au Québec sera différente… Belle prise en compte des oppositions exprimées par plusieurs membres de la communauté universitaire quant à l’assurance-qualité!

Notre analyse globale

Nous déplorons le fait que seules des organisations étaient présentes. Il nous semble que beaucoup de professeurs et professeures auraient pu apportés des points de vue critique intéressant et enrichir les débats. Nous regrettons ainsi également l’absence d’appel de mémoires.

Finalement, étant donné que seules 60 personnes étaient présentes lors de cette rencontre, il nous semble faux de dire que cette rencontre était publique et insuffisant de se baser sur la webdiffusion ou une page Facebook pour justifier ce caractère public.

Nous déplorons également le temps très compressé de cette rencontre préparatoire: la journée de vendredi a vraiment été longue surtout sur la fin, là où justement le gouvernement tentait de faire ressortir des consensus. Lors des ateliers, il nous a fallu ainsi être très vigilant face aux points de convergence qu’on tentait de nous imposer. Par ailleurs, 12 min pour présenter notre contribution nous a semblé bien court.

De façon générale, nous déplorons le temps très rapproché entre les rencontres préparatoires qui empêche de pouvoir effectuer de véritable recherches. De son côté, le gouvernement justifie cette précipitation par son statut de gouvernement minoritaire et la tenue probable d’élections dans temps rapproché.

Nous critiquons également le choix du thème pour cette première rencontre. Il nous semble qu’il aurait été nécessaire au préalable de discuter de la mission des établissements d’enseignement supérieur avant de s’engager sur la question de la qualité. Cette réflexion préalable sur la mission aurait peut-être évité que chacun attache à la notion de qualité ce que bon lui semble.

Enfin, nous critiquons principalement le jeu de relations publiques et de création de faux-consensus que nous avons senti tout au long de cette rencontre.

Le gouvernement a manifesté clairement une volonté de charmer les participants et participantes présents à la rencontre, dont nous, afin d’établir le consensus.

Nous tenons aussi à mentionner que beaucoup de syndicats sont venus nous voir après notre présentation et nos prises de parole pour nous remercier d’avoir affiché une opposition claire aux mécanismes d’assurance-qualité, d’avoir présenté ce que devrait être la qualité selon nous ainsi que d’avoir critiqué à plusieurs reprises certaines positions (CREPUQ, CIQ, Fédération des cégeps, etc.).

Nous avons ressenti qu’ils n’osaient pas pour la plupart intervenir si nous ne le faisions pas avant eux ou tout simplement qu’il était plus confortable pour eux de nous laisser occuper le rôle de l’opposition.

Solidairement,

Les délégué-e-s de l’ASSÉ présent-e-s à la rencontre.